
Libreville, 26 mars 2026 — La transition numérique du permis de conduire gabonais, portée en étendard par les nouvelles autorités, suscite autant d’enthousiasme que de questionnements légitimes. Un ancien sénateur de la Transition, Fridolin Nvé Messa monte au créneau et pointe du doigt les contours flous d’un circuit financier qui échappe, selon lui, aux canaux officiels de l’État.
Depuis l’avènement des nouvelles autorités gabonaises, le pays s’est engagé sur la voie des mutations profondes. Parmi les chantiers les plus emblématiques de cette dynamique réformatrice figure la digitalisation du permis de conduire, jadis confiné à un format papier depuis des lustres. Une rupture technologique bienvenue, symboliquement adoubée par le chef de l’État lui-même, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui s’est prêté à l’exercice lors du lancement officiel de l’opération — un geste fort, témoignant de la volonté politique de moderniser en profondeur l’administration gabonaise. Cette transformation numérique, portée avec conviction par le ministre des transports Ulrich Manfoumbi, s’inscrit dans une logique de rupture avec les pratiques héritées d’un autre temps.
Les interrogations légitimes de Fridolin Nvé Messa
Pourtant, derrière les applaudissements, des voix dissidentes s’élèvent. Celle de Fridolin Nvé Messa, ancien sénateur de la Transition et figure engagée de la société civile, résonne avec une acuité particulière. Dans une publication diffusée le 26 mars 2026 sur son compte Facebook, ce observateur avisé de la vie publique gabonaise ne remet pas en cause le bien-fondé de l’initiative — qu’il juge au contraire opportune — mais pointe avec précision une zone d’ombre qui mérite réponse : le mode de paiement retenu pour l’opération.
« S’agit-il d’un impôt, d’une taxe ou les frais de prestation versés à la société adjudicatrice ? », s’interroge-t-il, avec une franchise désarmante. Une question en apparence simple, mais aux implications financières considérables.
Le trésor public, grand absent du dispositif ?
Pour étayer son raisonnement, l’ancien secrétaire général du syndicat national des enseignants (Sena) dresse un tableau comparatif implacable des pratiques en vigueur dans l’administration gabonaise. Il rappelle avec rigueur que la gestion des ressources financières de l’État obéit à une codification stricte et universelle .
« Pour se faire établir une pièce d’identité ou un passeport le paiement se fait au trésor public contre quittance ; pour s’acquitter des frais d’une infraction routière c’est encore au trésor contre quittance ; pour payer la patente d’un commerce c’est au trésor que ça se fait ; pour les redevances dues aux impôts et taxes c’est au trésor qu’on paie ; pour légaliser une structure syndicale, la quittance se paie au trésor public », inque ce dernier.
Fort de ce constat, il pointe une anomalie qui interpelle : pourquoi le permis digitalisé dérogerait-il à cette règle cardinale ? « Pour le cas spécifique du permis digitalisé, pourquoi avoir opté pour un paiement hors circuit du trésor public ? Mobile cash est-il connecté au réseau du banquier public ? », poursuit-il dans son interrogatoire, martelant chaque mot avec la précision.
Fridolin Nvé Messa est sans ambages : si la réponse à ces questions s’avère négative, les fonds collectés pourraient emprunter une trajectoire opaque, loin des caisses de l’État.