Zuckerberg à la barre : Meta et Google jugés pour avoir délibérément inoculé l’addiction aux jeunes

C’est un procès historique qui ébranle les fondations mêmes de l’économie numérique. Depuis le 16 février, Meta et Google affrontent devant un tribunal civil de Los Angeles des accusations sans précédent : avoir sciemment conçu Instagram et YouTube pour engendrer une dépendance chez les jeunes utilisateurs. Au cœur de cette bataille judiciaire retentissante, une question aussi vertigineuse que dérangeante : les géants de la technologie ont-ils volontairement fabriqué l’assuétude de toute une génération ?

Au cœur de cette procédure, une plainte jugée suffisamment représentative pour servir de procédure test parmi plus de mille dossiers similaires en attente. La procédure repose sur le témoignage de Kaley G.M., une jeune Californienne âgée de 20 ans qui affirme avoir utilisé YouTube dès l’âge de six ans et avoir créé un compte Instagram à onze ans. Lors de son témoignage, Kaley a décrit un sentiment d’abandon et des faits de harcèlement et de violence au sein de sa famille. Elle a raconté comment sa consultation compulsive de ces plateformes avait alimenté sa dépression, son anxiété et des idées suicidaires. Un témoignage glaçant, reflet d’une détresse que des milliers de familles reconnaissent comme leur propre calvaire.

« L’addiction est rentable » : la mécanique de la dépendance mise à nu

L’avocat de la plaignante, Mark Lanier, a reproché aux deux firmes d’avoir « fabriqué l’addiction dans des cerveaux d’enfants ». Le mécanisme observé sur Instagram et YouTube ne s’est pas produit « par accident mais à dessein », a-t-il martelé dans son propos introductif, « parce que l’addiction est rentable ».

Ce que les plaignants attaquent, c’est le cœur même des plateformes : leurs algorithmes de recommandation, les notifications incessantes, la lecture automatique, la personnalisation des flux — autant de mécanismes accusés de maintenir les jeunes captifs de leurs écrans, parfois jusqu’à la dépendance pathologique. (Sud Radio) Une stratégie délibérée, comparée sans ambages à celle de l’industrie du tabac.

Un document interne, présenté lors de l’audition, fixait des « jalons » de temps d’utilisation à atteindre : quarante minutes par jour et par utilisateur en 2023, jusqu’à quarante-six en 2026. Mark Zuckerberg a contesté qu’il s’agissait d’objectifs, les présentant comme de simples indicateurs de satisfaction — une défense que les faits ont fragilisée.

Zuckerberg à la barre, des révélations accablantes

Le patron de Meta a assuré que le temps passé sur l’application était un « effet secondaire » reflet d’une « expérience de qualité ». Il s’est cependant heurté à un document interne de 2023 montrant que seuls 1,1 % des adolescents recouraient à la fonction « temps limite quotidien » et 2 % à l’option « faites une pause ».

Un verdict aux répercussions planétaires

Les 12 jurés californiens ont entamé leurs délibérations. Ce procès inédit est le premier d’une série destinée à servir de référence pour résoudre des milliers de litiges intentés par des familles et des districts scolaires contre Instagram, YouTube, Snapchat ou encore TikTok.

La portée de ce jugement dépasse largement les frontières américaines. En Europe, le débat s’intensifie : les députés français ont adopté une proposition de loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de quinze ans, une mesure que le gouvernement souhaite voir mise en œuvre dès la rentrée scolaire 2026. Au Gabon, pour ne citer que ce pays d’Afrique centrale, la régulation des réseaux est également au coeur des débats et même des procès entre les acteurs politiques, société civile et dirigeants.

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