[Gabon – Société] Élections professionnelles avenirs : «Il s’agit de structurer une véritable démocratie sociale», confie Richard Ndi Bekoung

À quelques semaines de la tenue des toutes premières élections professionnelles sous la Ve République gabonaise, l’enjeu du renouveau syndical s’impose comme un tournant déterminant pour le monde du travail. Pour éclairer les contours de ce scrutin inédit, « La Médiane » s’est entretenue ce lundi 16 mars 2026 avec Richard Ndi Bekoung, Secrétaire permanent de la Fédération des syndicats des travailleurs des pays affiliés à la Cipres (FESTAC) et président du Syndicat des professionnels de la sécurité sociale (Sypross).

« Ces élections permettront de refonder le dialogue social »

La rédaction : Monsieur Richard Ndi Bekoung, comment définissez-vous les élections professionnelles ?

Richard Ndi Bekoung : « Je tiens tout d’abord à vous remercier pour l’opportunité que vous m’offrez de donner ma modeste contribution et quelques explications concernant ce sujet très sensible. En effet, je dirais que ces élections consistent à permettre aux travailleurs d’élire leurs représentants légitimes. C’est un processus fondamental dans la consolidation du dialogue social. Dans le secteur privé, elles sont organisées par l’employeur et s’articulent autour du comité social et économique, lequel regroupe notamment les délégués du personnel, le comité d’hygiène et de sécurité ainsi que le comité d’entreprise. Autrement dit, il s’agit de structurer une véritable démocratie sociale au sein de l’entreprise ».

Le secteur public également concerné par les élections professionnelles

La rédaction : Le secteur public est-il lui aussi inclus ?

Richard Ndi Bekoung : « Absolument. L’État, à travers ses administrations, collectivités locales ou établissements publics, assure l’organisation du scrutin. Tous les agents publics et salariés sont appelés à voter. Les syndicats présentent des listes et obtiennent une représentativité nationale sur la base du suffrage exprimé. À titre d’exemple, un seuil de 8% des voix, comme en France, confère à un syndicat le statut de représentatif, lui donnant ainsi le droit de négocier, de signer des accords et de bénéficier de moyens institutionnels pour exercer son role.

Des critères de représentativité et de participation plus exigeants

La rédaction : Quelles conditions doivent remplir les syndicats pour participer ?

Richard Ndi Bekoung : « Tout syndicat désireux de se présenter doit répondre à des critères précis : être légalement constitué, respecter les valeurs républicaines, disposer d’effectifs significatifs et faire preuve de transparence financière. Ces exigences permettent d’écarter les entités fictives ou opportunistes et de garantir un dialogue social crédible, fondé sur la volonté réelle des travailleurs. Une audience électorale tangible demeure l’élément déterminant de la légitimité syndicale ».

Il faut assainir et refonder l’espace syndical

La rédaction : Votre mot de la fin ?

Richard Ndi Bekoung : « Nous devons aspirer à une union syndicale fondée sur la transparence, la pluralité et la loyauté électorale. Il est nécessaire d’en finir avec certains réflexes du passé : les manipulations internes, la mainmise de retraités sur les instances syndicales, et le manque de renouvellement générationnel. Le syndicalisme gabonais doit se réinventer pour redevenir un interlocuteur crédible, désigné par les travailleurs eux-mêmes. Il en va de la vitalité de notre démocratie sociale et de la paix du monde du travail. Je vous remercie».

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